La sexualité chez les jeunes Tunisiens : Impacts et solutions

Parler de sexe a toujours été un tabou en Tunisie. L’éducation sexuelle est un concept mal vu, jugé comme étant une incitation à la débauche, ou comme l’appellent certains : « Al fassad ».

Daayiee Abdullah: Imam et gay, il marie sans distinction

Cet imam de Washington fait figure d’exception dans le paysage religieux. Il assume son homosexualité, et n’hésite pas à marier des personnes de même sexe.

Imam et gay, il marie sans distinction

«Quiconque Dieu rassemble, qui suis-je pour dire s’ils devraient être ensemble ou non?» A 59 ans, Daayiee Abdullah est le premier imam ouvertement gay du monde occidental. Dans sa mosquée de Washington, il fait preuve d’une tolérance rare pour un guide religieux et unit couples de même sexe et de religions différentes. «Je ne me mets pas en travers de l’amour des gens», nous explique celui qui pratique ces unions parfois dans le secret à la demande des mariés, qui craignent des répercussions de la part de leurs familles, aux Etats-Unis ou dans leur pays d’origine. «S’ils demandent à ce que cette union soit secrète, je garde le secret. Leur mariage est fait devant Allah, qui d’autre a besoin d’être témoin?» S’il ne regarde pas au sexe ou à la religion des mariés, l’imam tient à ce qu’ils respectent les rites, et s’entretient avec les deux personnes plusieurs fois avant le mariage.
Le parcours de l’imam Daayiee est celui de quelqu’un qui a eu plusieurs vies. Avant de se consacrer à la religion, l’homme était un col-blanc, qui a travaillé au service de plusieurs organisations politiques, passionné de droit et de langues étrangères. Polyglotte, il est parti en Chine apprendre le mandarin –c’est là-bas qu’il a découvert l’islam, en 1984, invité par des camarades chinois à la mosquée: «Ces personnes m’ont inspiré vraiment fortement, profondément», affirme-t-il. Il a fait son coming-out auprès de ses parents lorsqu’il avait 16 ans, une fois son bac en poche: «Ils l’ont très bien accepté, ils m’ont dit qu’il n’y avait rien de travers chez moi». Il est alors devenu un modèle pour certains membres de sa famille: «Cela leur a fait du bien que je sois là: j’avais une bonne situation, je m’en sortais bien, j’allais au bout de mes capacités, ça les a aidés à être à l’aise dans leur peau». «J’ai longtemps travaillé avec des gens très riches, j’ai très bien vécu: j’ai voyagé en première classe, dormi dans les plus beaux hôtels. C’est très agréable, j’en ai bien profité, mais je n’en ai pas besoin. Je me soucie plus des gens, de leurs vies, de guérir leurs cœurs», explique cet ancien avocat et linguiste, qui vit désormais «très frugalement».

"Un imam répond aux besoins de sa communauté"

Dans les années 1970, celui qui était s’appelait encore Sid Thompson vivait à San Francisco, «pendant un pic de la propagation du VIH»: «Ces personnes qui étaient rejetées avant, avaient désormais une telle liberté qu’ils faisaient l’amour dès qu’ils le pouvaient, ce qui a mené vers la propagation d’un virus comme le VIH –qui ne s’est pas arrêté à la communauté homosexuelle, puisque les hétéros ont eu le même comportement.» Depuis, il invite tous ceux qu’il croise à embrasser des relations monogames: «De mon point de vue, une personne qui enchaîne les expériences manque de confiance en elle. Je comprends que les jeunes gens apprécient, qu’ils aient envie de plus d’expériences, mais vient un temps où vous ne savez pas quoi en faire. Au moins, essayez d’avoir une relation monogame, voyez si cela ne marche pas. Et pour ceux qui veulent poursuivre plusieurs relations à la fois, qu’ils se protègent et fassent attention aux autres.» Il met en avant le «bon exemple» offert par ses parents: 65 ans de vie commune, dont 63 de mariage, et huit enfants.
Imam Daayiee a débuté ses offices religieux à l’hiver 2001, lorsque la famille d’un homme qui venait de mourir du Sida s’est présentée à lui car personne ne voulait procéder à ses rites funéraires: «Bien sûr, j’ai accepté. En tant que gay, je ne voyais aucune raison de m’y opposer: il avait toujours ses droits spirituels, je ne vois pas pourquoi on lui ôterait.» «Un imam répond aux besoins de sa communauté, développe-t-il. Et c’est ainsi qu’ils ont su qu’ils avaient quelqu’un à qui parler, avec qui débattre.» Quant aux autres imams, la plupart l’ignore: «Je ne fais pas attention à eux car de nombreuses communautés ont besoin de mes services. Si je passais mon temps à me soucier de ce qu’ils pensent de moi, beaucoup de gens en pâtiraient: ils n’auraient pas de service religieux, de mariages, ou quelqu’un qui pourrait leur adresser des conseils spirituels. J’ai assez de travail pour rester occupé avec les gens que ces personnes rejettent», explique-t-il. «Ce qu’ils font, c’est couper en deux les gens avec un dogme. J’ai comme mission de rassembler les morceaux afin de n’en faire qu’un. Ce n’est pas impossible, car Dieu aide ce processus», affirme l’imam. «Ils sont énervés par moi car je leur rappelle ce qu’ils doivent faire, leurs responsabilités, et ils veulent toujours l’ignorer. S’ils ne comprennent pas mon message, tant pis pour eux», conclut-il.
Désormais guide spirituel, il tente de rendre hommage à ceux qui l’ont aidé à s’épanouir: «Quand j’étais jeune, des personnes plus âgées m’ont prises sous leurs ailes, et avaient assez de respect envers moi pour m’accueillir et me montrer leur définition de la vie, sans essayer de me transformer. En mémoire de leurs gestes, je transmets leur savoir, leur sagesse, leur compréhension.»

"Être humain est synonyme de différences"

Depuis que son histoire est connue, l’imam Daayiee reçoit des menaces, même si leur fréquence a baissé avec le temps: «Je ne m’en inquiète pas trop. En tant qu’avocat, je sais que s’ils essaient de me faire du mal, ils seront punis comme le prévoit la loi, assure-t-il. Je ne suis pas effrayé. Si je l’étais, je ne ferais pas ce que je fais, et je n’en parlerais pas à la presse.» Il reçoit surtout des demandes de conseils: en une dizaine d’années, Daayiee pense avoir aidé plus d’un millier de personnes. «Un ami m’a dit un jour: "Pour chaque personne que tu rencontres, dix autres aimeraient te parler". S’il y a une dizaine de milliers de personnes qui souhaitent me connaître, j’en suis très honoré.»
Durant notre discussion, la question du débat sur le mariage pour tous en France s’invite. Et, pour dédramatiser, l’imam Daayiee propose en riant: «Dites à ces hétérosexuels que ce sont eux qui ont des enfants gays!» Puis il poursuit plus sérieusement: «Je pense qu’il y a en France pas mal d’individus qui ont peur de quelque chose qui est en fait à l’intérieur d’eux-mêmes. Ils ne sont pas à l’aise avec le changement non plus, mais le changement est inévitable. Le Coran, la Bible, la Torah et tous les autres livres sacrés parlent du changement. Si vous n’êtes pas à l’aise avec la différence, vous ne le serez pas avec le changement. Ils ont été élevés en pensant que tout devait être régulier, mais même dans la régularité il y a du changement, et ils ne veulent pas l’accepter.»
La tolérance et l’acceptation d’autrui sont au cœur des préoccupations de l’imam: «Nous pouvons avoir des différences d’opinion, ce n’est pas grave –être humain est synonyme de différences. Mais cela ne veut pas dire que nous devons nous détester, ni que nous devons être tout le temps les uns avec les autres. Il ne faut pas croire qu’il y a quelque chose qui cloche chez soi.» Un message universel, que l’imam a porté début avril devant une assemblée plus grande que celle des associations auxquelles il a fréquemment affaire: les Nations unies.

Paris Match

Journée mondiale contre l’homophobie: Les homosexuels marocains ne veulent plus se cacher

Photo extraite de la page Facebook d'Aswat © DR 

"L'Amour pour tous", c’est le thème de la cyber-campagne que viennent de lancer des militants LGBT (Lesbiennes, gay, bi et trans) au Maroc. En prévision de la Journée mondiale contre l’homophobie qui se célèbre le 17 mai prochain, la campagne appelle tous les homosexuels et les gay-friendly marocains à des «manifestations paisibles», à travers tout le pays. Objectif, réclamer la dépénalisation de l’homosexualité dans le royaume chérifien.

Dans un communiqué publié  en arabe par la revue gay homo en ligne Aswat et repris par le magazine d’information Le Mag, le plan d’action de la cyber-manif est détaillé: communiqués, messages et photos via les réseaux sociaux.

Dans son communiqué, Aswat explique le bien fondé de son action:
«Libérer et protéger par le droit, les minorités sexuelles de la société, n’est en rien violation des libertés, des droits ou des valeurs religieuses d’autrui.»

L’article 489 du code pénal marocain condamne «les actes licencieux ou contre nature avec un individu du même sexe». Sur cette base, l’homosexualité est passible de 6 mois à 3 ans de prison et d’une amende allant de 12 à à 1.200 dirhams.

Selon l’association KifKif (principale association LGBT au Maroc, encore illégale), près de 5.000 personnes seraient passées devant les tribunaux, depuis 1956 (indépendance du Maroc) pour des accusations d’homosexualité.

source: slateafrique

Maroc: la leader antigay Frigide Barjot attendue les 14 et 15 mai prochains

 
Frigide Barjot, la leader du mouvement d’opposition à la loi autorisant le mariage aux couples homosexuels en France sera reçue au Maroc les 14 et 15 mai prochains suite à de nombreuses sollicitations. Hugues de Monterno, membre de « Manif pour tous », a précisé que la rencontre se fera dans le cadre privé, entre l’invitée française et des acteurs de la société civile marocaine pour répondre à certaines inquiétudes. Le futur enseignement de la théorie des genres dans les écoles françaises. Cette rencontre sera l’occasion de débattre de ces nouveaux bouleversements.

Des homosexuels marocains lancent un cyber-appel à manifester

Dans le sillage des ‘révolutions’ homosexuelles de par le monde et à la veille de la célébration, le 17 mai prochain, de la journée mondiale de lutte contre l'homophobie et la transphobie, les homos marocains appellent à manifestation publique pour leurs ‘droits’. 

Une cyber-compagne a été lancé cette semaine par des LGBT marocains, sous le titre ‘L’Amour pour Tous’.

Ainsi un appel à des manifestations paisibles des homosexuels au Maroc, a été émis pour revendiquer la dépénalisation de l’homosexualité au Maroc et pour promouvoir les droits à la reconnaissance sociale et légale de l’homosexualité et des pleines libertés de ses sujets.

Par voie de communiqué diffusé par la revue pour homos Aswat, les LGBT marocains lancent une pré-manifestation sur internet, par les publications sur les réseaux sociaux de messages et de photos prises par les homosexuels avec des pancartes de slogans.

Les porteurs de cette compagne y ont indiqué qu’ils appellent le peuple marocain à les reconnaître dans leurs droits et leur reconnaître leur liberté.

«Libérer et protéger par le droit, les minorités sexuelles de la société, n’est en rien violation des libertés, des droits ou des valeurs religieuses d’autrui» indique-t-on au communiqué.

Des photos d’homosexuels marocains avec pancartes inscrites dessus, leurs revendications, sont également destinées au ministre de la justice et des libertés, le PJDiste Mustapha Ramid, lui demandant d’abroger l’article 489 du code pénale marocain incriminant l’homosexualité.

De même est pour les responsables du pôle public audiovisuel, auxquels les LGBT marocains adressent leurs revendications pour leur droit à la visibilité médiatique et à la détabouisation de leur ‘nature’ et de leur existence au Maroc.

Les LGBT ont enfin annoncé être protégés par le droit international notamment la reconnaissance en 1993 par l’OMS que l’Homosexualité était une nature humaine et non une pathologie physique ou psychique
 
Lemag

 

Algérie: Ne restons pas muets devant l’homophobie et la transphobie !

Le 17 Mai 2005, a été lancée la Journée Internationale Contre l’Homophobie et la Transphobie (International Day Against Homophobia & Transphobia : IDAHO). Cette date a été choisie car le 17 Mai 1990, l’OMS avait décidé de supprimer l’homosexualité de la liste des maladies mentales. La journée se tient à travers le monde par toute la communauté LGBT et la société civile militante contre l’homophobie et la transphobie.

C’est une journée de protestation où les actes homophobes et transphobes sont mis sous la lumière de l’opinion publique, une occasion de dire halte à la haine basée sur l’orientation sexuelle et l’identité du genre.
L’homophobie et la transphobie sont monnaie courante en Algérie au sein d’une société patriarcale, bloquée dans des clivages de religion, de tradition et de « normalité ». Ce qui fait que la vie des LGBT algériens est des plus difficiles ; la plupart d’entre eux finissent par opter pour des solutions radicales, en se mariant, en quittant le pays ou le pire, en se donnant la mort.

La journée de cette année 2012 est placée par le comité IDAHO sous le thème de l’Education, ou de comment intégrer la lutte contre l’homophobie et la transphobie dans le système éducatif et à différents niveaux. L’école représente, après la famille, la seconde cellule sociale où évolue l’enfant. C’est dans ce cocon qu’il apprend à interagir avec l’autre, à échanger et découvrir. Cet apprentissage se doit d’être harmonieux et sécurisé, il conditionne en grande partie ce que sera l’adulte de demain. Avec une éducation qui ne prône pas l’ouverture d’esprit et la tolérance, l’enfant qui se sent différent vit une situation qui le pousse à se réprimer et à se renfermer subissant en plus des dires et des actes blessants voire humiliants de la part de ses camarades qui, eux, sont par la même voie conduits sur le chemin de l’homophobie et de la transphobie.

Le système éducatif algérien n’offre pas cette ouverture sur les autres, il ne comporte pas de cours ou d’approches sur l’éducation sexuelle par exemple. Il a subi des changements ces dernières années, peut-être trop d’ailleurs, mais ces derniers sont répétitifs et ne vont absolument pas dans le sens souhaité, il ne permet donc pas de répondre aux attentes des élèves et des enseignants.

L’absence totale d’éducation sexuelle accentuée par le poids des tabous fait que le dialogue sur le sujet est inexistant. Les enfants se retrouvent sans repères et se lancent ainsi à la découverte de leurs sexualités et celles des autres par leurs propres moyens « aidés » par une société homophobe et transphobe.

Suite à ce constat, l’Association Alouen pour les LGBT Algériens a placé la lutte contre l’homophobie et la transphobie au cœur de sa stratégie. Elle ambitionne à long terme de mettre en place des procédures de prises en charge psychologique, juridique et institutionnelle pour les personnes LGBT victimes d’homophobie et de transphobie. Ces activités seront ponctuées tout au long de l’année par des campagnes de sensibilisation sur la question.

Et c’est dans le cadre de ce principe que l’Association Alouen participe cette année à la Journée Internationale Contre l’Homophobie et la Transphobie par la réalisation de quatre planches de bande dessinée représentant différentes situations de jeunes LGBT dans le milieu scolaire.

Ces situations sont des histoires où les LGBT se reconnaissent très facilement. Le choix du support « BD » n’est pas anodin, le but étant l’accessibilité du message à tous, les plus petits y compris. L’absence de dialogue dans ces planches va aussi dans ce sens : Souvent, l’homophobie et la transphobie se vivent en silence …


Mariage gay: Le débat s’exporte au Maroc

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PLUS que deux petites étapes pour que le mariage homosexuel soit adopté en France: l’approbation du Conseil constitutionnel, et celle du président de la République. D’ici-là, le bras de fer continue, et scinde les Français en pro et en anti. Mais le débat ne s’arrête pas à Paris. A quelque 2.000 kilomètres de là, des représentants de la «Manif pour tous» se battent contre le mariage gay. Le Maroc cristallise suffisamment d’attention pour que Frigide Barjot, figure de proue de ce mouvement, s’y déplace en mai. La communauté française au Royaume est assez importante pour justifier cette translation géographique, mais les défenseurs du mariage traditionnel estiment que l’enjeu est plus important que cela pour le Maroc. Loïc Morin, membre actif de la «Manif pour tous» au Maroc, estime que le lobby gay pourrait faire en sorte que la question se pose dans le Royaume, dans 20 ans, voire même moins. Pour lui, «la famille vaut de l’or au Maroc, et cela (ndlr: l’adoption du mariage gay) pourrait avoir une incidence non négligeable». Un argument à prendre avec des pincettes, à l’heure où les relations sexuelles prénuptiales entre hétérosexuels sont encore pénalisées à l’heure où l’arrivée d’un artiste de renommée internationale comme Elton John, dans le cadre d’un festival aussi prestigieux que Mawazine, fait encore débat en raison de ses orientations sexuelles. Le débat pour l’homosexualité s’invite donc encore très timidement sur la scène, malgré l’existence de Kif-kif, la Communauté de lesbiennes, gays, transsexuels et bisexuels du Maroc.

Pour l’instant donc, «pas de panique», des océans séparent encore le pays d’une dépénalisation de l’homosexualité. Là où le collectif a raison, c’est que les mariages mixtes permettront dorénavant à des Marocains (ou des Franco-Marocains) de s’unir en toute légalité avec un partenaire français de même sexe. Mais bien avant la France, à quelque 14 kilomètres de Tanger, l’Espagne a légalisé le mariage gay en 2005. Quelques Marocains ont dû «profiter» de cette «brèche» pour s’unir à leur âme sœur, mais le poids de la tradition, de la culture et de la religion, et surtout la loi du silence font que cette communauté est epsilon, ou passe pour tel du moins. 

Ce qui pourrait en revanche réellement influencer les Marocains de façon plus marquée, c’est l’évolution des lois françaises qui accompagnent cette mesure, à commencer par la circulaire Peillon, du nom du ministre de l’Education nationale français. Celle-ci stipule que la théorie du genre sera inculquée aux enfants dès l’âge de 7 ans dans les écoles. Cela implique directement que les enfants marocains scolarisés dans les «missions» françaises apprendront, comme leurs camarades à Paris, selon les propres mots de Loïc Morin, «qu’un couple ce n’est pas forcément un papa et une maman, mais peut-être aussi un papa et encore un papa, ou bien une maman et encore une maman». Le choix appartient donc aux parents de scolariser, ou non, leurs enfants dans les écoles françaises, selon qu’ils aient décidé de donner à leurs enfants une éducation plus ou moins «libérale», ou pas du tout.

GPA/PMA: Les traditions font rempart
A côté des évolutions en matière d’éducation, Hugues de Monterno, Romaric Morin et Loïc Morin, tous membres de la «Manif pour tous» au Maroc, craignent que le mariage gay ne se transforme en «marchandisation de l’être humain». Et pour cause, Chritiane Taubira, ministre de la Justice, a «fait passer» une loi permettant aux enfants nés sous gestation pour autrui (GPA) ou sous procréation médicalement assistée (PMA) d’avoir la nationalité française. Ajoutée à la jurisprudence européenne qui impose à tous les Etats membres de l’Union que «le mariage autorise la reproduction», cela crée, selon Hugues de Monterno, «une appel d’air des pays pauvres» … dont, potentiellement, le Maroc. En Inde, explique-t-il, «la PMA/GPA représente un business de 2 milliards d’euros». Au Maroc, une telle pratique reste marginale, d’abord en raison, encore une fois, du poids des traditions (une femme qui disparait pendant 9 mois, cela est suspect. Une femme qui ne disparaîtrait pas pendant ses neufs mois risque lourd…).
L'Économiste

Portrait. Le gay croyant

Portrait. Le gay croyant
Ludovic-Mohamed Zahed (DR)
Entre sa foi et son homosexualité, Ludovic-Mohamed Zahed n’a pas choisi. Marié religieusement à un homme, ce Franco-Algérien a créé à Paris une mosquée ouverte aux gays où des femmes disent la khotba.
Adolescent, Ludovic-Mohamed Zahed est un salafiste convaincu. Du genre à envisager d’émigrer à La Mecque pour devenir imam et prendre quatre épouses légitimes. Mais à 17 ans, l’évidence lui saute aux yeux : son premier amour se prénomme Djibril. Ce constat tiré, il se retrouve donc musulman et homosexuel. Deux caractéristiques a priori contradictoires qui vont le jeter dans un tourbillon schizophrénique qu’il mettra près de vingt ans à solutionner.
Aujourd’hui, la trentaine passée, Ludovic-Mohamed a retrouvé une certaine paix intérieure. Après avoir radicalement rompu avec l’islam, il a fini par y revenir, persuadé – au terme d’une longue étude des textes sacrés – que cette religion ne prohibe pas l’homosexualité. “L’islam n’est pas un système totalitaire fasciste. Il n’a pas à s’occuper de la sexualité des gens”, affirme-t-il. “Pour certains, l’islam est devenu une idéologie politique. Pour moi, c’est une spiritualité avant tout.” Ludovic-Mohamed prône une religion résolument ouverte et moderne, expurgée de ses scories misogynes, qui aurait de quoi séduire “une prof de philo féministe”. Un islam non normatif, débarrassé du manichéisme halal/haram, qui laisse libre cours à l’esprit critique et qui accepte le blasphème, où l’ijtihad ne serait pas accaparé par des ouléma conservateurs partisans du patriarcat.

“Ça t’apprendra à être un homme”
Quand Ludovic-Mohamed Zahed voit le jour à Alger en 1977, il se prénomme alors Mohamed Lotfi. Le prénom Ludovic, il le choisira lui-même plus tard, à l’âge adulte, quand il obtiendra la nationalité française. La France, il y débarque à trois ans quand ses parents s’installent à Paris. Le père, non pratiquant, fait dans le commerce international. La mère, plus croyante, est femme au foyer avant de devenir esthéticienne. Dans un quartier populaire et métissé du 17ème arrondissement, le jeune garçon vit “une enfance mitigée”. Certes, la mère fait don d’un “amour inconditionnel”. Mais parce qu’ils ne supportent pas son apparence “androgyne, efféminée”, le père le menace et l’ignore, tandis que le frère le bat. “Il me brisait le nez, la mâchoire, et me faisait régulièrement des yeux au beurre noir en me répétant : ‘Ça t’apprendra à être un homme’”, relate-t-il dans son livre, Le Coran et la Chair (éd. Max Milo).
Vers l’âge de douze ans, à force de vacances au bled, Ludovic-Mohamed se découvre une nouvelle famille : celle des salafistes d’Alger. Il plonge dans la foi et la pratique religieuse, apprend la moitié du Coran par cœur. La rupture survient cinq ans plus tard, quand il prend pleinement conscience de son homosexualité, à une époque où les attentats islamistes ensanglantent l’Algérie. Sa tête bourdonne de questions. “En quoi est-ce un crime de jouir des plaisirs charnels dont Dieu nous a dotés ?”

Gays, musulmans et mariés
Pour vivre librement sa sexualité, Ludovic-Mohamed abandonne donc l’islam, douloureusement. Peu après, il apprend qu’il est séropositif. Deuxième choc. A 21 ans, dans le creux de la vague, il fait son coming out. Réaction du père : “Il est comme ‘ça’, on a compris. Maintenant, il faut l’accepter tel qu’il est.” Ludovic-Mohamed se jette dans les études et le travail, ainsi que dans le militantisme. Il crée une association de défense des jeunes séropositifs. Quand, après avoir flirté avec le bouddhisme, il retournera vers l’islam, il crée une autre association, au nom explicite : “Homosexuels musulmans de France”. “J’ai pas mal morflé avec la discrimination, constate-t-il. Si vous êtes arabe, musulman pratiquant, séropositif, vous les accumulez. Donc soit vous êtes complètement écrasé par le conformisme social, soit vous êtes force de proposition, de réformes pour la société.”
Pour faire évoluer les mentalités et sortir les homosexuels musulmans de la détresse et de l’isolement où ils se trouvent souvent, Ludovic-Mohamed n’hésite pas à recourir aux médias, qui se font largement l’écho de son mariage religieux. Un jour d’hiver 2012, en banlieue parisienne, un ami imam célèbre son union avec Qiyyam, son mari, déjà épousé civilement en Afrique du Sud, d’où est originaire l’heureux élu. Les responsables religieux peuvent bien s’étrangler, Ludovic-Mohamed n’en a cure : doté d’un solide argumentaire, qu’il étaye à coups de versets coraniques et de références historiques et scientifiques, il est prêt à répondre, point par point, aux attaques subies sur le plan théologique. Les attaques, les insultes, ce n’est d’ailleurs pas ce qui manque à Ludovic-Mohamed, qui a reçu des menaces de mort, s’est fait traiter d’“espion sioniste” et de toutes sortes d’autres choses. Mais à ceux qui lui disent qu’il salit l’islam, il répond que “c’est tout l’inverse : on est en train d’ouvrir des perspectives aux musulmans au lieu de les refermer comme ils le font sans arrêt.”

Une mosquée “inclusive”
Ce vendredi de printemps, Ludovic-Mohamed nous confie son histoire dans une brasserie proche de la gare du Nord, terminus parisien de son train de banlieue. Pas de bière au menu, mais un avocat-crevettes, qu’il met plus d’une heure à avaler, victime de sa volubilité. Lunettes, petite barbe et, sous une redingote des plus classiques, un costume traditionnel pakistanais. Il le porte à l’occasion de la grande prière hebdomadaire, à laquelle il se rendra à la fin de l’entretien, dans un centre islamique de la capitale qu’il préfère garder secret. C’est là qu’il a créé récemment, avec sa nouvelle association, “Musulmans progressistes de France”, une mosquée “inclusive”, grande ouverte aux gays, lesbiennes ou transsexuels qui se sentent parfois personae non gratae dans les lieux de culte classiques. Pour l’instant, ils ne sont qu’une vingtaine, homos ou hétéros, hommes ou femmes, noirs ou blancs… avec pour dénominateur commun de croire qu’il n’y a de Dieu qu’Allah et que Mohammed est son prophète.
Demandez à Ludovic-Mohamed “pourquoi choisir la religion musulmane quand on est homosexuel ?”, il vous rétorquera, convaincu de la justesse de son interprétation du message divin : “Pourquoi choisir la religion musulmane quand on est homophobe ?” Tout à l’heure, lors de la grande prière de la mosquée inclusive, ce sera une bisexuelle convertie qui dira la khotba.

Argumentaire. “L’homosexualité n’est pas un péché”
Dans plusieurs pays, dont l’Afrique du Sud et les Etats-Unis, des imams ouvertement gays s’accordent à penser que “l’homosexualité n’est pas un péché”. Sur le site Internet de son association “Homosexuels musulmans de France”, Ludovic-Mohamed Zahed, qui est persuadé que la représentation homophobe de l’islam n’est qu’une interprétation abusive des textes, a publié tout un argumentaire défendant cette thèse. On y lit notamment que “nulle part dans le Coran ni dans la Sunna, l’homosexualité n’est condamnée en tant que telle”, pas même dans les versets évoquant le peuple de Loth, dont la destruction est souvent interprétée comme une punition divine infligée à ce peuple pour avoir pratiqué l’homosexualité. Que penser alors du hadith qui dit : “Si vous apercevez deux hommes qui font l’acte du peuple de Loth, tuez alors l’actif et le passif” ? “Il est apocryphe”, répond Ludovic-Mohamed Zahed, qui ajoute que le Prophète n’a jamais tué d’homosexuels. “C’est tout l’inverse : il a défendu les mukhannathun, ces hommes efféminés qui s’habillaient comme des femmes et qu’on appellerait aujourd’hui des transsexuels. Il les a recueillis chez lui contre les gens qui voulaient s’en prendre à eux…”